La semaine de la rentrée est passée, rentrée pendant laquelle des dizaines de milliers d’élèves en France ont pu faire l’expérience de la “rentrée en Sciences”, en relevant 10 défis de recherches. C’était la mission de l’association française pour l’éducation (AFPER), qui vient combler le constat attendu dans l’étude PISA 2025 : le niveau des Français en sciences régresse.
L’AFPER, le pari de la confiance
Grâce aux alliances entre recherche et éducation, Ange Ansour, fondatrice et directrice de l’AFPER s’engage pour que davantage de jeunes utilisent les sciences pour comprendre les phénomènes naturels et culturels. Et ce dès la rentrée scolaire, ce moment mythique pour les parents, enfants et les médias. L’ancienne enseignante entend permettre aux élèves « de délibérer sur des fondements scientifiques et arbitrer avec humanisme ».
| Repères ¤ Seuls 16% des élèves français sont exposés aux sciences en dehors des cours, contre 80% dans les pays voisins (HCFEA, 2018). ¤ Deux jours de Campus de Rentrée, 520 enseignants formés à la mise en place d’un programme dans leur classe. ¤ 72 000 jeunes ont bénéficié des programmes de l’AFPER sur l’année 2025-2026. |
Avant de fonder l’AFPER, Ange Ansour a enseigné sept ans. En 2013, elle a rejoint le Centre de recherches interdisciplinaires (CRI), devenu LPI, où le programme Savanturiers-Ecole de la Recherche a vu le jour. Cette double culture, celle de la salle de classe et celle du laboratoire, a nourri sa méthode : à ses yeux, la démarche scientifique n’est pas affaire d’une discipline unique mais de posture pédagogique. L’important est de permettre aux enfants de se questionner, tester, se tromper, recommencer.
A ses côtés, l’astrophysicien Roland Lehoucq préside l’association et prête lui-même sa plume à certaines thématiques de recherches de l’AFPER, comme « Du ping-pong avec des lasers » ou « Bien isoler sa station spatiale ».
L’AFPER, association fondée en 2022 a pour conviction que l’alliance entre la recherche et l’éducation est la condition d’une école à la hauteur des enjeux contemporains. Face à des sujets de plus en plus complexes tels que le changement climatique et l’intelligence artificielle, il est nécessaire de renouer la confiance avec la sphère scientifique. Comme le résume Ange Ansour :
« Tout le monde ne va pas devenir chercheur mais tout le monde doit pouvoir comprendre les débats. »
De la classe au laboratoire
Si la « Rentrée des Sciences » est le programme qui forme le plus d’élèves à travers la France et les établissements français à l’étranger, le programme « Savanturiers-Ecole de la Recherche » permet aux élèves d’explorer le monde de la recherche au fil d’une année scolaire, en étant épaulés par un chercheur dédié à une classe. Ces projets couvrent un large panel de thématiques scientifiques : alimentation durable, le vivant, le cerveau, la sociologie, le numérique et les technologies, l’histoire, l’univers, le climat. Cette dernière thématique est d’ailleurs très populaire parmi les enseignants et les élèves, à tel point que l’AFPER manque de chercheurs spécialisés sur le sujet pour accompagner une classe.
À Marseille, une classe de CM1-CM2 a par exemple mené l’enquête en 2025 sur « les repas de la cantine sont-ils durables ?». Le jeu de données est représentatif : interview de la responsable de cantine, analyse des menus, mesure du gaspillage, confrontation aux objectifs de la loi pour l’équilibre des relations commerciales dans le secteur agricole et alimentaire et la promotion d’une alimentation saine, durable et accessible à tous, dite EGAlim. Leur conclusion est prudente et résume l’esprit du programme : « Notre étude ne nous permet pas de valider complètement… », marque d’une vraie rigueur scientifique, à hauteur de CM1 !
La science grandeur nature
L’apprentissage de la rigueur scientifique ne s’arrête pas aux murs de l’école. Depuis 2023, l’AFPER propose de sortir de cette dernière grâce aux “Science Camps”, proposés pendant les vacances scolaires. Pendant 5 jours, des enfants ou adolescents sont immergés dans une université partenaire pour explorer une question de recherche élaborée avec un scientifique. Les jeunes sont accompagnés par des étudiants formés pour animer ce processus de recherche.
Un premier pas dans la “cour des grands”, qui leur permet d’être exposés aux sciences de manière ambitieuse, en dehors des heures de cours. Une action nécessaire alors que seuls 16% des 11-17 ans sont éveillés à la science en dehors de l’école, contre 80% des enfants dans les pays voisins[1]. A noter que ce chiffre s’élève à 30 à 40% pour les activités artistiques et culturelles. Pour pallier cet écart, l’AFPER s’associe à des partenaires qui ont bien su comprendre l’importance des enjeux. C’est le cas du CNRS par exemple, mais aussi de nombreuses universités qui ouvrent leurs portes aux jeunes telles que Aix-Marseille Université, l’Université de Strasbourg ou encore l’Université de Toulon.
Animatrice d’une quinzaine de Science Camps depuis 2023, Axelle Coulon a vu les bancs de ces ateliers se remplir au fil des ans avec de plus en plus d’enfants, majoritairement âgés de 8 à 14 ans. Pour les accompagner, nul besoin d’être des spécialistes de la thématique, seulement d’avoir de la passion et de l’énergie à partager aux enfants.
L’animatrice soutient que l’objectif n’est pas de faire du soutien scolaire l’été, mais de prolonger les vacances en sensibilisant à la démarche scientifique. Après un ice-breaker en début de semaine, les jeunes goûtent à la magie des expériences et réalisent un protocole scientifique dans son ensemble. Des hypothèses jusqu’à la restitution devant des chercheurs, la semaine est riche de temps forts et mémorables.
« Les éloigner des stigmates de la société sans les forcer à être chercheur. »
explique Ange Ansour, directrice de l’AFPER
C’est également l’occasion d’être au contact d’étudiants ravis de partager leur expérience d’entrée en études supérieures. « C’est un dispositif que j’aurais aimé faire en étant jeune. Mon objectif est de donner confiance à ceux qui ne sont pas forcément scolaires. » Les éloigner des stigmates de la société sans les forcer à être chercheur, l’expérience a surtout vocation à les faire découvrir de nouvelles possibilités d’apprendre.
Lutter contre les inégalités d’accès à la science
Alors que l’accès et la réussite en sciences sont des facteurs d’inégalités scolaires forts, Savanturiers et la Rentrée des Sciences dépassent les frontières invisibles et interviennent auprès de tous les élèves : en REP, en zone rurale, dans les DROM COM, et même dans les établissements pénitentiaires fermés. Cela répond à un grand défi actuel de l’éducation en France : un accès uniforme et égalitaire aux savoirs, pour l’ensemble des élèves, dans l’ensemble du territoire.
Au sein d’une classe, chaque élève est mobilisé et participe activement grâce à la diversité des missions d’un projet de recherche. Lecture, interprétation de données, restitution, communication… Une méthode pédagogique bien particulière est requise pour mobiliser la collaboration. Seule la fusion des profils des élèves permet de faire fructifier un réel projet de recherche en fin d’année.
Les enfants sont unanimes : « Pas besoin de cape pour être un super héros, il suffit d’être scientifique. » Ce gain de confiance en soi et ce sentiment de puissance contribue à faire de ces élèves des futurs citoyens éclairés sur les enjeux qui les entourent, et à y porter un avis aiguisé.
« Pas besoin de cape pour être un super héros, il suffit d’être scientifique.»
L’inégalité d’accès aux sciences ne se joue pas seulement dans les territoires, elle semble se trouver aussi entre filles et garçons. Même si l’AFPER affirme qu’il n’existe pas de consensus scientifique sur la manière de mesurer les différences entre filles et garçons dans la participation à ces projets, l’association a identifié cette différence comme un enjeu qu’elle aborde lors des formations avec les enseignants.
Contrairement à ce qu’on pense, Axelle Coulon observe que les filles participent aussi bien que les garçons aux Science Camps. Sans être pour autant majoritaires dans les groupes, certaines filles sont attirées par les sciences à cet âge-là. Son constat rejoint les chiffres de l’association : sur l’année 2024-2025, 700 enfants ont participé aux 34 Science Camps organisés sur 8 campus partenaires, dont 40 % de filles et 40 % issus de familles à revenus modestes.
Une étude de l’Institut Évidences, publiée en 2025, souligne que les filles ne se détournent pas des sciences par manque de niveau. Elles se sous-estiment davantage en sciences, par un phénomène multifactoriel. Les filles recherchent un sens altruiste dans leur futur métier, plutôt qu’un travail sur des objets ou des systèmes abstraits. L’étude montre qu’il suffit parfois de reformuler l’intitulé d’un enseignement pour le rendre plus attractif à leurs yeux.
Et si toute la famille devenait chercheuse ?
Rentrée en Sciences, Savanturiers, Science Camps : sous des formats différents, ces trois programmes poursuivent le même objectif. Donner à chaque jeune les clés pour comprendre le monde. Une ambition qui ne s’arrête pas aux portes des établissements, et qui dépasse même désormais les frontières françaises avec des Science Camps en Colombie, en Équateur et au Pérou.
Les enfants sont enthousiastes de vivre ces expériences privilégiées avec la recherche, et les parents le seront bientôt tout autant ! L’AFPER prépare des webinaires et un nouveau dispositif “Home Science”, un kit disponible dès la fin de l’année, pour que les parents fassent découvrir la science à leurs enfants, à la maison. C’est une manière innovante pour faire de la culture scientifique un sujet partagé en famille.
Joséphine Jacob
[1] Haut Conseil de la famille, de l’enfance et de l’âge (HCFEA), Conseil de l’enfance et de l’adolescence, « Les temps et les lieux tiers des enfants et des adolescents hors maison et hors scolarité », rapport adopté le 20 février 2018