Pas de grande réforme, mais une nouvelle méthode. À l’occasion de sa conférence de presse de rentrée, mardi 25 août, le ministre de l’Éducation nationale Édouard Geffray a placé l’année scolaire 2026-2027 sous le signe de la stabilité et de l’action. Dans un contexte de baisse démographique, de transformation climatique et d’essor de l’intelligence artificielle, le ministre entend surtout « penser à 15 ans » et renforcer le pilotage territorial de l’École.
« Pas besoin d’une autre réforme, mais d’un cap », a résumé Édouard Geffray, qui dit avoir constaté, au fil de ses déplacements dans 31 départements, les inquiétudes des enseignants et des familles face au déclassement, aux difficultés de climat scolaire et aux obstacles aux apprentissages. Pour cette rentrée, le ministre revendique donc une « rentrée d’actions » structurée autour de quatre verbes : instruire, protéger, unir et prévoir. Une méthode qui se déploie toutefois avec des marges de manœuvre limitées, le ministre ne disposant ni de budget supplémentaire ni de projet de grande réforme pour transformer en profondeur le système éducatif.
Instruire et protéger : les fondamentaux au cœur de la rentrée
Sur le plan pédagogique, le ministre entend recentrer l’Éducation nationale sur son « cœur de métier » : l’instruction. Maîtrise du langage et du vocabulaire dans le premier degré, lecture et écriture, raisonnement scientifique, accompagnement renforcé des établissements les plus fragiles… La lutte contre les inégalités scolaires passe, selon lui, d’abord par la consolidation des fondamentaux. « Le meilleur moyen de garantir la mixité est de permettre à tous d’accéder à l’excellence », affirme-t-il.
La protection constitue le deuxième axe. Outre l’interdiction des téléphones portables au lycée, qui doit désormais s’appliquer à l’ensemble de la scolarité, le ministère veut renforcer la prévention et le repérage des violences sexistes et sexuelles. Le questionnaire annuel sur le harcèlement scolaire intégrera ainsi des questions sur les VSS. Chaque école et établissement devra également désigner, d’ici décembre, une personne formée aux séances d’éducation à la vie affective, relationnelle et sexuelle (EVARS).
Une école qui doit davantage « penser territoire »
C’est sans doute sur le troisième et le quatrième axes (unir et prévoir) que le discours du ministre ouvre les chantiers les plus structurants pour les années à venir. Face à la baisse massive du nombre d’élèves, l’Éducation nationale veut sortir d’une gestion annuelle des ouvertures et fermetures de classes. 161 000 élèves de moins sont attendus à cette rentrée, et le ministère anticipe une baisse de 20 % des effectifs d’ici 2035.
Pour aller plus loin sur le sujet, rendez-vous à notre rencontre du 29 septembre.
Une expérimentation est ainsi menée dans 18 départements pour construire une nouvelle carte de l’offre scolaire, pensée à cinq ans et à l’échelle des bassins de vie, plutôt qu’établissement par établissement. L’objectif affiché : permettre aux élus locaux et aux équipes éducatives d’anticiper davantage les évolutions et d’éviter que les maires « découvrent en mars les ouvertures/fermetures de septembre ». Si l’expérimentation est concluante, la méthode doit être généralisée en janvier.
Cette nouvelle approche doit s’accompagner de la création, d’ici le 1er novembre, d’une direction de la politique territoriale de l’École, présentée par le ministre comme une « DATAR de l’École ». Elle aura vocation à mieux articuler les enjeux démographiques, scolaires et d’aménagement du territoire. Une évolution qui traduit une conviction : dans un contexte de déprise démographique, l’organisation de l’École ne peut plus être pensée indépendamment des dynamiques locales.
Pour aller plus loin sur le sujet, retrouvez l’étude « Éducation : faisons le pari de la proximité« .
Une rentrée sans « réforme Geffray », mais avec plusieurs défis de long terme
Le ministre revendique ainsi une année sans « grande réforme », dans une période électorale où l’éducation devrait pourtant s’inviter dans les débats présidentiels. « L’éducation et l’école seront un enjeu de la campagne présidentielle, mais ne seront pas le lieu de la campagne », estime-t-il. Son ambition est plutôt de poser une méthode et de préparer les transformations à venir : baisse démographique, adaptation du bâti scolaire au changement climatique, évolution de la carte des formations professionnelles, inclusion des élèves en situation de handicap ou encore impact de l’intelligence artificielle.
Et après plusieurs années de réformes menées tambour battant et de « stop and go », cette absence de grande réforme pourrait aussi être l’occasion, bienvenue, de souffler, de consolider et de laisser le temps aux acteurs de terrain de s’approprier les changements.
L’approche qu’entend mener le ministre fait écho à un enjeu central pour VersLeHaut : penser l’École à l’échelle des territoires et dans le temps long. Alors que les effectifs scolaires diminuent et que les besoins des territoires évoluent, l’enjeu n’est plus seulement de gérer la baisse, mais d’en faire l’occasion de repenser l’offre éducative : où sont les établissements ? quelles formations proposer ? comment mieux articuler les acteurs ? comment faire de l’école un levier de vitalité locale plutôt qu’un simple service à maintenir ?
Reste à savoir si cette nouvelle méthode permettra effectivement de passer d’une logique de gestion à une véritable stratégie territoriale de l’éducation. Le ministre l’assure : « Tenir ce cap n’appelle ni frénésie ni effet d’annonce, mais un travail méthodique, commun ».
Pour aller plus loin sur le sujet : « Il n’y a pas d’éducation nationale sans approche territoriale », Edouard Geffray, Ministre de l’Education nationale
Alexanne Bardet