Passé le moment de désarroi – oui les performances des élèves français sont toujours en baisse et désespérément dans la moyenne de l’OCDE – l’enquête PISA doit nous permettre d’entrevoir des solutions pour remonter la pente. Or le soutien humain – qu’il vienne des enseignants ou des parents – semble largement plus porteur que les promesses de l’accompagnement par la machine.
L’enquête PISA mesure certes la performance des élèves de 15 ans dans divers apprentissages – en compréhension de l’écrit, mathématiques et en sciences – mais elle collecte également une somme d’autres données qui permettent un diagnostic plus poussé. En interrogeant les élèves sur leurs conditions d’apprentissages, le soutien dont ils peuvent bénéficier de la part des adultes, leur exposition à un climat scolaire sain ou détérioré, leur accès aux outils numériques, elle permet de mettre en lien la performance scolaire avec les caractéristiques de leur environnement. Quels facteurs de réussite se cachent derrière les données collectées dans 91 pays ? Et qu’en tirer comme enseignements dans le cas de la France ?
Richesse de l’humain, misère de la machine
A travers les analyses menées par l’OCDE sur la base des résultats de PISA, on ne peut que constater l’importance pour la performance des élèves de vivre au quotidien des relations humaines soutenantes. Les auteurs du rapport PISA 2025 reconnaissent que « les relations de soutien de la part des enseignants et de la famille jouent un rôle central dans la réussite scolaire des élèves, leur bien-être et leur rapport aux apprentissages ».
L’importance de cette dimension relationnelle dépasse d’ailleurs de loin la seule dimension des apprentissages scolaires. Comme le souligne le rapport, « les recherches montrent de manière constante que des relations saines sont bénéfiques pour les individus et que le lien social constitue l’un des principaux facteurs prédictifs d’une évolution positive à l’adolescence et tout au long de la vie. À l’inverse, l’isolement social accroît la vulnérabilité face aux risques sanitaires et socio-économiques ».
Rapport PISA 2025
Les données collectées viennent en appui de ces affirmations. Ainsi, dans la plupart des pays, une augmentation du soutien enseignant est associé à une meilleure performance en sciences mais également à une curiosité et une persévérance accrue ainsi qu’un meilleur sentiment d’appartenance à l’établissement, et une plus grande appropriation des objectifs scolaires.
C’est encore plus flagrant dès lors qu’on s’intéresse au soutien familial. Les élèves dont les parents échangent avec eux tous les jours sur ce qu’ils ont fait à l’école voient leurs performances en sciences largement augmenter tout comme leur attitude positive vis-à-vis des apprentissages.

A l’inverse, des relations délétères entre pairs, comme dans le cas des situations de harcèlement, sont associées à un effondrement des résultats en science et à des effets adverses sur la persévérance ou le sentiment d’appartenance. Dans la quasi-totalité des pays de l’enquête, les élèves victimes de cyberharcèlement ont, par exemple, obtenu des scores inférieurs à leurs camarades présentant un profil socio-économique similaire mais n’ayant pas déclaré avoir subi cette forme de harcèlement (selon les pays, l’écart va de 13 à près de 90 points).
« L’utilisation de l’IA, en particulier lorsqu’elle permet de « mâcher le travail » de l’élève, est associée à une performance scolaire moindre. »
Parmi les relations éducatives, une attention toute particulière est portée cette année sur celle que les élèves entretiennent avec les machines. L’utilisation de l’IA générative pour le travail scolaire a été en effet abordée pour la première fois dans cette édition 2025. Avec des effets pour le moins peu concluants. L’utilisation de l’IA, en particulier lorsqu’elle permet de « mâcher le travail » de l’élève correspond à une performance scolaire moindre et souvent à peu de recherche d’une autre aide. Des corrélations positives peuvent toutefois être constatées sur le volet de la curiosité, de la propension à se fixer des objectifs ou du sentiment d’appartenance.

L’inquiétante érosion du soutien adulte
S’il est un phénomène mondial dans l’édition 2025 c’est bien la baisse du soutien familial perçu par les répondants. Seule une poignée de pays échappe à ce déclin qui touche en particulier les garçons et les enfants issus de familles désavantagées sur le plan socio-économique.
La France fait partie des pays où la baisse est significative dans tous les volets du questionnaire.

Ce désengagement marqué mériterait d’être étudié pour en déterminer les causes profondes. Mais il s’inscrit à minima en écho d’un diagnostic plus général de fragilisation des familles et d’une relation toujours compliquée avec l’institution scolaire.
Côté enseignants, le diagnostic laisse également supposer une faiblesse du système éducatif français. Les élèves soulignent systématiquement un moindre soutien que ceux des autres pays de l’OCDE en moyenne.

Ce constat renvoie très directement aux difficultés exprimées par les enseignants français à soutenir efficacement les élèves en difficultés et à assurer une différenciation pédagogique. Ainsi dans l’enquête TALIS 2018, par exemple, 34% des enseignants français en élémentaire interrogés s’estimaient bien ou très bien préparés aux pratiques employées en classe contre 65% des enseignants espagnols et même 85% des enseignants belges.
Dans cette même enquête, 29% des enseignants en élémentaire en France déclarent parvenir très bien à amener les élèves à se rendre compte qu’ils peuvent avoir de bons résultats ce qui les place en dernière position juste derrière leurs collègues d’Espagne (39%) et très loin derrière ceux d’Angleterre (71%).
D’autres enquêtes récentes ont pu mesurer le degré perçu de soutien adulte par les jeunes français, en concordance avec les enquêtes de l’OCDE. C’est le cas en particulier de l’enquête HBSC (Health behavior in school-aged children) menée par l’Organisation mondiale de la santé (OMS) menée en 2021/2022 dans une quarantaine de pays.
D’après les données de cette étude, si les enfants français arrivent au collège avec le sentiment que les enseignants les soutiennent – 64% des filles et 66% des garçons expriment un haut niveau de soutien – celui-ci s’érode profondément par la suite. A 15 ans, seuls 30% des filles et 41% des garçons ont toujours la même appréciation ! A tous les âges, les données françaises sont sur ce point en dessous de la moyenne des pays de l’étude. Et très loin des pays les plus performants comme le Danemark.
Numérique éducatif : et si le retard français était un atout ?
L’enquête PISA révèle que la France est plutôt en retard par rapport aux autres pays de l’OCDE sur l’utilisation du numérique dans le cadre scolaire. Il en va de même pour l’adoption de l’IA générative par les élèves français. Ainsi, ils sont ainsi 37 % à reconnaître utiliser au moins une fois par semaine des outils d’IA générative pour les aider à apprendre. On est ici largement en deçà de la moyenne de l’OCDE qui se situe à 46 %. Dans l’ensemble des autres usages – recherche préliminaire, résumer, rédiger des textes – le niveau d’adoption des élèves français s’établit également sous la moyenne de l’OCDE.
Au vu des enseignements de cette édition de PISA, on pourrait presque se réjouir de cette adoption encore parcellaire. Une utilisation massive et non raisonnée est très clairement associée à une moindre performance des élèves. Si les travaux de recherche menés ces dernières années identifient des usages prometteurs, les preuves demeurent, à ce stade, assez peu robustes.
« Plutôt que de concentrer nos efforts sur l’adoption d’outils numériques, le verdict de PISA devrait nous inciter à miser sur l’accompagnement humain. »
Si on ne peut empêcher les usages des jeunes, notamment dans le travail à la maison, on peut néanmoins éviter de les inciter à utiliser l’IA générative ou à bien identifier les usages davantage associés à des bonnes performances : aide à la révision, en complément d’autres méthodes d’apprentissage, en adoptant une démarche critique vis-à-vis des productions de l’outil.
Plutôt que de concentrer nos efforts sur l’adoption d’outils numériques, le verdict de PISA devrait nous inciter à miser sur l’accompagnement humain : donner aux enseignants les moyens concrets – notamment par la formation continue et le renfort d’éducateurs formés – de mieux se positionner en soutien des apprentissages des élèves et impliquer davantage les parents aux côtés de leurs enfants et des équipes pédagogiques.
Stephan Lipiansky
Nota Bene : sauf mention contraire, l’ensemble des données présentées dans cet article et leur déclinaison graphique sont tirées de l’enquête PISA 2025.