Les résultats de l’enquête PISA sont rendus publics ce mardi 8 septembre et le constat est, une nouvelle fois, décevant et préoccupant. Depuis plus de 10 ans, les résultats français affichent un déclin continu, et ceux de 2025 n’inverseront pas la tendance : ce sont les résultats les plus bas jamais mesurés par l’enquête dans les trois matières – sciences, compréhension de l’écrit, mathématiques.
Créée par l’OCDE en 2000, l’enquête PISA (Programme international pour le suivi des acquis des élèves) évalue, tous les trois ans, les compétences des jeunes de 15 ans dans les pays participants. Elle porte sur trois grands domaines : la compréhension de l’écrit, la culture mathématique et la culture scientifique. En France le test a été réalisé au printemps 2025 sur un échantillon de 6500 élèves.
Une baisse continue des résultats français
Si la performance obtenue par les élèves en France est au niveau de la moyenne de l’OCDE, les résultats de 2025 sont les plus bas jamais mesurés par PISA. La trajectoire à long terme diffère entre les matières mais le constat n’en demeure pas moins alarmant. « Ce qui me surprend le plus par rapport aux éditions précédentes c’est cette chute aussi forte en compréhension de l’écrit et en mathématiques, en France comme dans d’autres pays » confie Eric Charbonnier, économiste, expert en éducation à l’OCDE, avant d’ajouter « en 2022, lors de la première chute, ces résultats étaient interprétés comme liés à la pandémie COVID-19, alors on ne s’attendait pas à une deuxième chute en 2025. »
« On ne s’attendait pas à une deuxième chute en 2025. » Eric Charbonnier, expert en éducation à l’OCDE

Cette édition 2025 marque un plancher historique dans les trois matières testées depuis 2000.
Pour autant, la France n’est pas un cas isolé. Les dernières éditions de PISA, et celle de 2025 ne fait pas exception, ont mis en évidence une baisse des performances dans de nombreux systèmes éducatifs en Europe, particulièrement marquée en mathématiques.

Bien que très alarmants, les résultats PISA ne se limitent pas à ces données et constituent une source précieuse et diversifiée qu’ils convient d’analyser au-delà du classement. Comment dépasser les constats généraux pour mieux comprendre les mécanismes à l’œuvre ?
Au-delà d’un classement
Contrairement à ce que son traitement médiatique laisse parfois penser, PISA ne se résume pas à un classement des systèmes éducatifs. « Il faut le rappeler, parce que c’est très souvent présenté dans la presse de cette façon-là » souligne Georges Felouzis, sociologue et auteur d’un Que sais-je ? consacré aux enquêtes PISA (Georges Felouzis et Samuel Charmillot, 2012) qui rappelle également que l’intérêt de l’enquête réside notamment dans la richesse des données qu’elle permet de produire sur les systèmes éducatifs et leurs inégalités.
En effet, les résultats de PISA permettent de situer le système éducatif français par rapport à ceux de 91 autres pays et à la moyenne de l’OCDE. La participation de la France depuis 2000 permet aussi de mesurer l’évolution du système dans le temps.
L’ampleur des inégalités et leur évolution ou encore la manière dont les jeunes perçoivent leur vie à l’école et leur environnement familial et social sont autant d’éléments également disponibles dans cette enquête internationale qu’il convient d’observer et d’analyser.
« Pour la première fois, PISA 2025 a également évalué l’apprentissage dans le monde numérique en tant que domaine innovant » précise l’OCDE dont les résultats sur l’intelligence artificielle, par exemple, semblent suggérer une corrélation négative entre utilisation de l’IA par les élèves et performances scolaires. Eric Charbonnier précise à ce propos que nous aurons « besoin de clarifier ce qu’est une bonne utilisation de l’IA ».
Des inégalités qui se resserrent, mais moins d’élèves très performants
Entre 2015 et 2025, l’écart de performance en sciences entre les élèves les plus favorisés et les plus défavorisés s’est réduit en France, comme en moyenne dans les pays de l’OCDE.
Mais cette évolution s’explique principalement par la baisse des résultats des élèves favorisés, tandis que ceux des élèves défavorisés sont restés stables. Cette chute de performance touche davantage les élèves favorisés en France, là où, en Allemagne, la chute est généralisée : “avons-nous, en France, réussi à limiter la casse sur les élèves défavorisés ?” questionne Eric Charbonnier.
Si la question se pose, nous observons tout de même que l’écart se creuse avec d’autres pays évalués : en 2025, 5 % des élèves français atteignent le niveau d’excellence en maths, contre 20 à 50 % à Singapour, Corée, B-S-J-Z Chine.

A cela s’ajoute un autre constat : en France, l’origine socio-économique pèse davantage sur les résultats que dans la moyenne des pays de l’OCDE : elle explique par exemple 14% des écarts de performance en sciences, contre 12 % en moyenne. Également, en France, les élèves les plus favorisés obtiennent en moyenne 100 points de plus que les élèves les plus défavorisés, contre 85 points en moyenne dans l’OCDE.
Ce constat est loin d’être une nouveauté. Georges Felouzis souligne même que lorsque « on lit les résultats PISA, on s’aperçoit que la naissance, c’est-à-dire le milieu dans lequel on naît, a un effet beaucoup plus fort en France que dans d’autres pays. »
Pour aller plus loin sur le sujet : lire l’entretien avec Georges Felouzis
Ces inégalités s’inscrivent dans un contexte où, en France comme dans de nombreux pays, les établissements privés accueillent davantage d’élèves issus de milieux favorisés.

Une boussole, pas une sentence
Les résultats PISA doivent toutefois être interprétés avec prudence. Comme beaucoup d’enquêtes internationales, elle comporte des limites : les exercices peuvent être influencés par des habitudes culturelles ou scolaires différentes selon les pays ; “les résultats reposent sur des échantillons qui comportent une marge d’erreur” rappelle Eric Charbonnier ; et les situations des jeunes de 15 ans ne sont pas strictement comparables d’un système éducatif à l’autre.
De même, les comparaisons internationales montrent que les difficultés ne sont pas une fatalité.[1] Certains pays confrontés à des défis proches de ceux de la France, comme le Royaume-Uni avec de fortes inégalités sociales et une immigration importante, ont réussi à améliorer leurs performances en menant des politiques ciblées dans la durée, notamment en faveur des établissements les plus défavorisés.
Enfin, pour une touche d’optimisme, nous soulignerons que 81% des élèves français adhèrent à l’idée que les capacités ne sont pas figées et peuvent se développer avec des efforts et du travail, contre 69% dans l’OCDE.
Les résultats de la France posent donc question quant à la capacité de notre système éducatif à permettre à tous nos élèves de progresser et développer les compétences nécessaires pour s’insérer socialement et professionnellement dans un monde en mouvement. Et PISA offre un regard extérieur pour questionner nos choix collectifs. Cette enquête internationale montre notamment que les systèmes éducatifs qui progressent sont souvent ceux qui inscrivent leurs réformes dans la durée, s’appuient sur les connaissances scientifiques disponibles et associent l’ensemble des acteurs aux politiques éducatives – enseignants, personnels éducatifs, familles et responsables politiques.
Alexanne Bardet
[1] Que nous apprend PISA ?, Être et Savoir, France Culture, décembre 2016