A la veille de la dernière élection présidentielle, les Français considéraient majoritairement que l’école et l’éducation ne sont « ni de droite, ni de gauche » (73 %)[1] ! Alors que commence une année scolaire marquée par la prochaine échéance électorale, VersLeHaut initie une veille attentive des programmes des candidats. Missions de l’école, place accordée à la jeunesse, attractivité des métiers de l’éducation, protection des plus vulnérables, accompagnement des familles : quelles perspectives pour le prochain quinquennat ?
L’éducation, sujet incontournable mais non-déterminant des présidentielles
Chacun s’accorde à reconnaître que l’éducation constitue un pilier de notre pacte démocratique, qu’elle représente le premier budget de l’État et qu’elle engage l’avenir du pays.
Plusieurs candidats se targuent d’en faire leur priorité – « l’éducation est la mère des batailles » pour l’un, « l’intérêt de nos enfants sera la boussole du quinquennat » pour un autre – ou appellent à « sauver » ou « reconstruire » l’école. Mais au moment décisif, le sujet passe souvent à la trappe – moins d’un quart d’heure consacré à l’éducation dans le débat de l’entre-deux tours en 2022.
Déjà en 2021, avant les précédentes présidentielles, les Français souhaitaient entendre davantage parler de l’éducation. Sondés par l’institut ViaVoice, 66 % d’entre eux estimaient que l’école et l’éducation occupaient une place insuffisamment importante dans la campagne présidentielle[2].
Pourquoi, dès lors, peine-t-elle à s’imposer comme un sujet central du débat électoral ? Plusieurs facteurs expliquent ce paradoxe. D’abord, l’éducation est une politique du temps long : ses réformes produisent rarement des effets visibles à l’échelle d’un quinquennat, ce qui la rend moins propice aux promesses électorales que des sujets aux résultats plus immédiats.
Ensuite, les politiques éducatives sont souvent complexes, techniques et largement partagées entre l’État, les collectivités territoriales et les établissements eux-mêmes, rendant plus difficile l’identification de responsabilités ou de solutions simples.
Enfin, les résultats des systèmes éducatifs sont désormais largement scrutés et commentés – via les comparaisons internationales comme l’enquête PISA ou les évaluations nationales qui se sont généralisées ces dernières années –, reléguant parfois le débat démocratique au second plan au profit de modèles à suivre, ou de la parole des experts.[3]
Cette faible visibilité, qui peut encore évoluer – nous sommes encore à plusieurs mois des élections présidentielles – ne signifie pas que les candidats, et les partis, ne portent pas une certaine vision éducative. Bien au contraire, derrière des débats parfois réduits à quelques mesures emblématiques se dessinent en réalité des conceptions différentes de l’égalité, de l’autorité, de la liberté, de la réussite ou encore du rôle de l’État.
Des programmes éducatifs déjà connus dans les grandes lignes
Les programmes énoncent certes des mesures mais traduisent surtout une vision sociale, preuve que l’éducation est avant tout un projet de société.
Ainsi, à gauche, les candidats mettent en avant un investissement public massif et renouvelé en faveur de l’école mais aussi de l’éducation populaire. La valorisation des métiers de l’éducation y est affirmée surtout par la création de poste, l’augmentation des salaires et la pérennisation des statuts. La bonne marche de l’éducation y est largement conditionnée à la place de la puissance publique et la confiance accordée aux éducateurs.
Au centre comme à droite, on envisage plus frontalement de procéder à des réformes structurelles : davantage d’autonomie pour les établissements, renforcement de l’autorité et de la responsabilité des chefs d’établissement, réorganisation des programmes… L’école concentre les propositions au détriment d’autres secteurs éducatifs – petite enfance, éducation populaire, protection de l’enfance.
A l’extrême droite, l’éducation apparaît comme un prolongement d’un projet de société plus large conjuguant sentiment national, retour à l’ordre et redressement productif. L’école y apparaît comme une courroie de transmission du projet national – accent mis sur l’enseignement de la culture française, l’uniforme, la formation professionnelle – et comme un rempart contre une pensée progressiste. La politique familiale est mise en avant.
Voici les éléments déjà connus des programmes ou repris de propositions antérieures des candidats. VersLeHaut en proposera régulièrement une mise à jour au fur et à mesure des déclarations de candidature et de la divulgation des programmes.
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Des enjeux majeurs encore peu abordés
Parler d’éducation est donc souvent un moyen pour les candidats d’adresser à leur électorat un certain nombre de messages à la valeur hautement symbolique. « Autonomie », « autorité », « mérite », « égalité », « émancipation » : les mots utilisés pour parler d’éducation cherchent à toucher une corde sensible dans l’auditoire.
Les candidats se positionnent pour l’instant assez peu sur des mesures concrètes qui permettent de répondre effectivement aux besoins des enfants, des jeunes et des familles. Ainsi, l’organisation des temps de l’enfant est peu abordée malgré la récente Convention citoyenne. Idem pour les modalités de formation des professionnels, le soutien à la parentalité, la participation des jeunes à la vie citoyenne, la découverte du monde professionnel.
Les bouleversements actuels qui affectent déjà massivement notre projet éducatif – révolution numérique, baisse démographique, changement climatique – sont certes mentionnés mais ne donnent lieu qu’à peu de propositions concrètes.
Toujours les mêmes rengaines ?
Au final, les éléments de programme déjà connus pour 2027 n’augurent pas d’innovation majeure pour l’éducation. Quelques propositions font exception à ce tableau un peu maussade. De quoi initier d’ores et déjà un débat fécond.
Ainsi, Jean-Luc Mélenchon propose un service citoyen obligatoire qui conduirait chaque jeune à consacrer quelques mois à des tâches d’utilité publique.
Marine Tondelier propose un congé climatique pour permettre notamment aux parents de faire face aux évènements climatiques affectant la vie familiale.
Raphaël Glucksmann devrait défendre des propositions fortes pour la petite enfance : créer un droit opposable à la garde et un statut spécifique de crèches « sous contrat » pour sortir de la marchandisation.
Edouard Philippe avance l’idée d’un service public universel du soutien scolaire qui permettrait à chaque élève d’être accompagné individuellement vers la réussite.
Gabriel Attal propose de profiter de la baisse démographique pour diminuer les effectifs par classe et mieux rémunérer les enseignants et autres personnels éducatifs.
Autant de mesures que VersLeHaut scrutera, décortiquera et mettra à l’épreuve dans les prochaines semaines et les prochains mois. Pour faire de l’éducation la priorité de cette échéance électorale.
[1] « L’école et l’éducation : quelle place et quels enjeux dans la campagne présidentielle, quel avenir ?”, ViaVoice, novembre 2021.
[2] « L’école et l’éducation : quelle place et quels enjeux dans la campagne présidentielle, quel avenir ?”, ViaVoice, novembre 2021.
[3] Guy Lapostolle et Georges Solaux, “Les partis politiques et leur projet d’école”, éditions Universitaires de Dijon, 2022, pp.171, 2022, 978-2-36441-434-1.