2 juillet 2026

Regrouper pour rassembler, le cas de l’école d’Harbonnières

Et si regrouper plusieurs écoles était une chance plutôt qu’une perte ? Dans la Somme, le regroupement pédagogique concentré (RPC) d’Harbonnières montre qu’une autre école rurale est possible : plus moderne et plus fonctionnel. Loin des scénarios de fermeture qui hantent de nombreuses communes, ce territoire a choisi de transformer une contrainte démographique en projet collectif.

Repères  
¤ Les effectifs scolaires du premier et second degré baisseront de 14,2% d’ici 2035, soit près de 1,68 million d’élèves en moins (DEPP).
¤ 20 à 30 % des bâtiments scolaires sont « vétustes » et « inadaptés » aux événements climatiques extrêmes comme les canicules (Alliance climatique et sociale citée par l’Agence France-Presse).
¤ La Somme compte 37 regroupements scolaires sur plus de 400 écoles.  

Une longue mise en œuvre pour une adhésion collective

Le RPC d’Harbonnières n’est pas né d’une décision administrative imposée verticalement. Il est le fruit d’un long chemin : trente ans de discussions entre élus de quatre communes de Picardie, avant qu’un accord ne se dessine, que la communauté de communes prenne la compétence scolaire, et que les travaux puissent enfin démarrer.

Inaugurée en 2019, cette école nouvelle génération accueille aujourd’hui les enfants de sept communes, dans dix classes, avec une équipe enseignante étoffée là où existaient auparavant quatre petites écoles vétustes et isolées.

Ce temps long n’est pas un problème mais une nécessité pour que l’ensemble des acteurs se concertent et que le projet réponde concrètement aux attentes de chacun. En effet, changer l’organisation de l’école dans un territoire rural peut signifier toucher à un symbole. L’école est parfois le dernier lieu de vie collective, avec la mairie. Y renoncer, même pour un équipement plus moderne, peut être vécu comme un déracinement.

Dans ce cas de figure, l’ancien système avait aussi un cout assez élevé avec des classes à très faibles effectifs, des bâtiments anciens difficiles à rénover et des enseignants isolés sans possibilité de mutualiser le matériel ou les projets pédagogiques. En prenant en compte l’ensemble de ces éléments, le projet a fini par susciter l’adhésion des familles, des enseignants et des élus pour permettre une école rurale de qualité.

“Auparavant nous avions quatre écoles, plutôt vétustes, avec peu de collègue dans chacune d’elles”

Rassembler est-ce nécessairement éloigner ?

Le premier réflexe des parents face à un projet de regroupement, c’est souvent l’inquiétude sur les transports. Les enfants vont-ils passer leur journée dans un car ? Vont-ils être loin de chez eux à l’heure du déjeuner ? Ces questions, loin d’être secondaires, touchent directement au bien-être quotidien des enfants et à l’organisation familiales.

“On doit prendre le temps de rassurer les parents, qui, spontanément, pensent que leurs enfants vont passer plus de temps dans les transports”

Philippe Destable, DASEN de la Somme

Ces craintes méritent d’être prises au sérieux, et non balayées. À Harbonnières, la question a été centrale dès le départ. Certains élèves prennent effectivement les transports le matin et le soir mais ne se déplacent plus entre plusieurs lieux au cours de la journée comme c’était le cas auparavant. Cantine, sieste, récréation, tout se passe sur place. C’est un changement de taille pour les tout-petits qui gagne une heure de sieste par jour, ce qui représente six semaines de sommeil sur une année scolaire. Quand on sait l’effet du sommeil sur les apprentissages, la question du transport n’est pas anecdotique.

Et pour les familles qui pouvaient avoir plusieurs enfants scolarisés dans des communes différentes du fait des regroupements intercommunaux, le RPC simplifie aussi la logistique du quotidien.

D’un enseignement solitaire à une dynamique collective

Avant Harbonnières, les enseignants travaillaient souvent seuls ou à deux dans des écoles de village. Avec le regroupement, c’est la naissance d’une équipe pédagogique de dix classes qui se retrouve réunie avec un directeur d’école déchargé. Ce collectif favorise les échanges et le travail en collaboration. Les effets de cette nouvelle dynamique professionnelle s’observent aussi dans les résultats des élèves.

Les analyses comparatives menées dans la Somme sont claires : quand des écoles se regroupent, on observe, après un temps de latence de deux ou trois ans, une amélioration des résultats scolaires. Le collectif profite aux élèves comme aux adultes qui les entourent.

Et puis il y a ce que les chiffres ne disent pas directement : une école plus vivante attire. Elle redonne envie de s’installer dans un territoire rural. Elle devient un signal positif pour de jeunes familles qui hésitent entre la ville et la campagne, en levant l’une des principales objections à l’installation en zone rurale : la qualité et la pérennité de l’offre scolaire.

Une alliance éducative autour de l’enfant, un modèle à adapter

Le RPC d’Harbonnières n’est pas seulement une affaire de bâtiments. Il incarne une manière de penser l’école comme un bien commun, co-construit entre l’État, les collectivités, les familles et les acteurs du périscolaire. Effectivement, CAF, préfecture, Éducation nationale, animateurs, élus ont pris part au projet.

Cette alliance fait de ce RPC un modèle que la Somme entend développer, au travers de la démarche « Écoles d’avenir » portée par l’Éducation nationale. L’ambition est de construire collectivement, avec les élus locaux, un nouveau réseau d’écoles rurales modernes, qui répondent aux défis d’aujourd’hui et de demain.

Harbonnières rappelle qu’il n’existe pas de recette universelle pour l’école rurale. Chaque territoire a sa géographie, son histoire, ses équilibres politiques propres, et un RPC qui fonctionne dans la Somme ne se transposera pas nécessairement à l’identique ailleurs. Mais l’expérience montre qu’avec du temps, de la confiance et une vraie volonté collective, il est possible de transformer des contraintes géographiques en atouts éducatifs.

Pour les élus qui hésitent encore à s’engager dans une telle démarche, l’exemple d’Harbonnières offre quelques leçons transposables : prendre le temps nécessaire pour construire l’accord plutôt que de l’imposer, traiter la question des transports comme un enjeu éducatif à part entière, et associer dès le départ l’ensemble des partenaires, État, collectivités, familles, périscolaire, plutôt que de traiter le projet comme une simple question de carte scolaire.

TE RPC dHarboniere

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