Pôle éducatif de Haute-Saône : de la baisse des effectifs à une nouvelle organisation éducative 

Lecture de 8 min.

Avec moins d’élèves vient la question suivante : quelle école voulons-nous pour demain ? La baisse démographique transforme les territoires et les collectivités cherchent à dépasser la seule logique de fermeture de classes. En Haute-Saône, les pôles éducatifs offrent une piste pour repenser l’école et, plus largement, l’offre éducative à l’échelle du territoire.

Sommaire

 ,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,photo equipe cadre rond

 

Alexanne Bardet

Responsable éditoriale chez VersLeHaut

Sans titre

  

Repères
¤ Près de 1,7 million d’élèves de moins en 2035 qu’en 2025, soit une baisse de 14,2 % (DEPP, 2026). 
¤ En Haute-Saône, la population scolaire devrait diminuer de près de 40 % entre 2015 et 2035. 
¤ 34 100 élèves étaient attendus pour cette rentrée scolaire 2026-2027 en Haute-Saône, dont 17 720 écoliers, 10 469 collégiens et 5 911 lycéens.

La France entre dans une période de baisse durable du nombre d’élèves. Selon les projections de la DEPP, les écoles, collèges et lycées pourraient accueillir près de 1,7 million d’élèves de moins en 2035 qu’en 2025, soit une baisse de 14,2 %. Dans les territoires ruraux, cette évolution est déjà à l’œuvre : l’académie de Besançon a ainsi perdu 28 000 élèves en dix ans et devrait encore en perdre 30 000 dans la prochaine décennie. En Haute-Saône, la population scolaire devrait diminuer de près de 40 % entre 2015 et 2035. 

Face à cette évolution, comment adapter l’organisation scolaire sans réduire l’offre éducative des territoires ? En Haute-Saône, une partie de la réponse passe par les pôles éducatifs. Le département en compte aujourd’hui 45, contre 18 regroupements pédagogiques intercommunaux et seulement trois classes communales isolées.

De l’école à un véritable pôle de vie

Le principe des pôles éducatifs est d’abord de regrouper les élèves de plusieurs communes dans une même organisation scolaire, plutôt que de maintenir une multitude de petites écoles exposées à la baisse des effectifs. Mais son rôle ne s’arrête pas là : il entend devenir un lieu autour duquel se structurent plusieurs services et activités destinés aux enfants et aux familles. À Jussey, par exemple, l’un d’eux accueille une orthophoniste, permettant aux enfants de bénéficier de soins à proximité sans quitter leur école pendant une demi-journée. 

À Jussey, par exemple, le pôle éducatif accueille une orthophoniste. Les enfants peuvent ainsi bénéficier d’une séance sur place, principalement sur le temps périscolaire, plutôt que de devoir quitter l’école pendant une demi-journée pour parcourir plusieurs kilomètres. 

La deuxième génération de pôles éducatifs signée en 2025 par la Haute-Saône, le conseil départemental et l’État prévoit d’ailleurs d’élargir cette logique d’ouverture des établissements sur le territoire en intégrant davantage de structures médico-sociales aux pôles éducatifs. 

L’intérêt du modèle est donc aussi de penser l’éducation au-delà de la seule salle de classe : restauration, périscolaire, santé, petite enfance ou encore activités associatives peuvent trouver leur place autour de l’école. 

Dans un regroupement bien conçu, les enfants peuvent bénéficier de conditions de scolarisation comparables à celles des villes.   

Cette approche rejoint les réflexions portées par Jean-Paul Carteret, maire de Lavoncourt et premier vice-président de l’Association des maires ruraux de France chargé de l’éducation. Lors de son audition par la mission d’information de l’Assemblée nationale sur le maillage scolaire à l’épreuve du défi démographique1, il expliquait défendre depuis longtemps les « pôles éducatifs et les regroupements pédagogiques concentrés ». Selon lui, dans un regroupement bien conçu, les enfants peuvent bénéficier de conditions de scolarisation comparables à celles des villes : accueil matin, midi et soir, restauration et continuité éducative. 

À Lavoncourt, le regroupement accueille des enfants de onze communes, de la maternelle au CM2. Jean-Paul Carteret décrit l’école comme un « levier structurant pour l’aménagement du territoire » et explique que la commune a progressivement regroupé éducation, services publics et santé. 

Cette logique peut même commencer avant l’école. Jean-Paul Carteret défend ainsi l’intégration d’un service public de la petite enfance au sein des regroupements pédagogiques, afin de créer une passerelle progressive vers la maternelle. À Lavoncourt, un projet de service public de la petite enfance intégré au pôle éducatif est annoncé pour compléter cette organisation. 

Le pôle éducatif n’est donc pas un outil de rationalisation de la carte scolaire mais plutôt un point d’appui pour organiser une offre éducative locale plus lisible et complète. 

Une transformation qui soulève plusieurs défis

Le modèle n’est ni automatique ni transposable partout. Le premier défi soulevé par les pôles éducatifs est celui de la distance. Regrouper les élèves suppose de penser les transports et les temps de trajet, au risque de remplacer une école de proximité par une école inaccessible pour certaines familles. Mais la question ne se résume pas à la distance entre le domicile et l’école. Dans les regroupements pédagogiques dispersés, les horaires de transport peuvent aussi se compliquer lorsque les enfants sont scolarisés dans plusieurs communes, tandis que la restauration scolaire n’est parfois proposée que dans une seule école.  

À l’inverse, dans les regroupements pédagogiques concentrés, le transport peut permettre de maintenir un accès à l’école malgré l’éloignement : « Dans mon département, le bus passe et emmène les enfants à l’école », souligne Jean-Paul Carteret2. Pour lui, l’enjeu est aussi d’éviter qu’une fermeture n’allonge encore les trajets : « Si les pôles éducatifs ferment, les enfants iront encore plus loin. » La réflexion sur les pôles éducatifs doit donc intégrer les différents niveaux de proximité, entre école, village, collège et bassin de vie. 

Le deuxième défi tient à la gouvernance. Un pôle éducatif ne se construit pas à la seule échelle de l’école : il suppose de faire travailler ensemble plusieurs communes, l’Éducation nationale, les collectivités et, selon les projets, les acteurs de la petite enfance, les associations ou les services périscolaires. Pour Jean-Paul Carteret, cette coopération ne passe pas nécessairement par une fusion des communes.  

Son expérience des regroupements pédagogiques l’amène plutôt à défendre des formes de coopération qui permettent aux communes de conserver leur place et leur capacité d’initiative. Il cite notamment le modèle du centre intercommunal d’action sociale, dans lequel « chaque commune désigne deux délégués » tout en conservant son statut. Une approche qui rejoint sa conviction plus large : les projets de regroupement doivent partir des besoins du territoire et être construits avec les communes et leurs habitants, plutôt que répondre à une logique administrative. 

L’échelle administrative pertinente ne correspond pas toujours à celle du bassin de vie.

Le troisième enjeu est financier. Construire ou rénover un pôle éducatif représente un investissement important, alors même que les effectifs scolaires peuvent continuer à évoluer à la baisse. Lors de son audition, Jean-Paul Carteret rapporte ainsi le cas d’une commune ayant construit une école prévue pour quatre classes, mais qui n’en comptait déjà plus que trois à son ouverture. De quoi rendre certains élus prudents face à des investissements dont la durée de vie dépasse largement les projections démographiques.  

Pour autant, il souligne aussi que le regroupement peut permettre de mutualiser certains équipements et de réduire les coûts de fonctionnement : cantine, accueils du matin et du soir ou équipements sportifs peuvent être réunis sur un même site. La question financière ne consiste donc pas seulement à savoir combien coûte un pôle éducatif, mais aussi ce qu’il permet de mutualiser et quels usages il peut accueillir au-delà du seul temps scolaire. 

Enfin, le regroupement ne peut pas être pensé comme une simple réponse comptable à la baisse des effectifs. Pour Catherine Ridard, Dasen de Haute-Saône, l’enjeu est d’anticiper plutôt que d’attendre que les enfants « s’en aillent » pour fermer une école, en construisant avec les élus des réponses adaptées aux évolutions démographiques et aux besoins locaux. 

Faire de la baisse démographique un temps de transformation 

La baisse du nombre d’élèves oblige donc à regarder autrement la carte scolaire. Le ministère expérimente depuis 2026, dans 18 départements, une nouvelle démarche consistant à partir des réalités démographiques et géographiques locales pour construire une stratégie scolaire à plus long terme. L’objectif affiché est notamment de replacer l’école au cœur des enjeux d’aménagement du territoire. 

Les pôles éducatifs peuvent s’inscrire dans cette évolution. Ils permettent de mutualiser certaines fonctions, de maintenir une offre scolaire structurée dans des territoires peu denses pour faire de l’école « un vrai levier d’aménagement du territoire », selon les mots de Jean-Paul Carteret, à condition de ne pas la penser isolément : regroupée avec des services de petite enfance, des équipements sportifs ou culturels et des activités périscolaires, elle peut contribuer à maintenir une offre de services dans les communes rurales. 

La baisse démographique ne condamne donc pas les écoles rurales à disparaître, mais oblige à repenser leur échelle et leur fonction. Elle amène à innover et proposer des organisations capables de garantir aux enfants un environnement éducatif complet, accessible et durable dont les pôles éducatifs constituent une réponse parmi d’autres.  

Pour aller plus loin

Un podcast

Un rapport

Un outil

Baisse de la démographie : l’opportunité d’une autre école ?
Septembre 2026


À la rentrée 2026, les écoles françaises accueillent plus de 160 000 élèves de moins. Classes moins chargées, enseignants mieux répartis, écoles rurales à préserver : peut-on profiter de ce tournant démographique pour repenser l’école ?

Pour aller plus loin 3

 

Baisse démographique et dynamiques public-privé
Mars 2026


Cette note analyse, à partir de données administratives détaillées, les mécanismes à l’origine de la progression de la part de l’enseignement privé dans les grandes villes confrontées au déclin démographique, ainsi que ses conséquences sur la ségrégation sociale entre établissements.

Pour aller plus loin 4  

Les observatoires des dynamiques rurales étendues aux zones urbaines Janvier 2026


Mis en place à partir de 2023 dans certains départements à la suite du plan France ruralités, les observatoires des dynamiques rurales vont évoluer pour s’ouvrir aux milieux urbains et se dénommer « observatoires des dynamiques rurales et territoriales » (ODRT).

Pour aller plus loin 5

Sommaire

RECHERCHER

Que cherchez-vous ?