Faut-il supprimer Parcoursup pour répondre à la colère des lycéens ? Alors que la plateforme est accusée d’alimenter l’anxiété et de rendre les admissions opaques, le débat dépasse son fonctionnement : il interroge les règles d’accès à l’enseignement supérieur et les moyens consacrés à l’accompagnement à l’orientation.
Un outil au cœur des revendications des lycéens
« Parcoursupprime ton avenir » à « Parcoursup trie, nous on se rassemble », les revendications lors des manifestations ou blocus en cours aux abords des établissements scolaires semblent unanimes : les élèves ne veulent plus de cette plateforme d’admissions dans le supérieur.
Parcoursup est devenu un symbole politique. Lancée en 2018, au début du premier quinquennat d’Emmanuel Macron, la plateforme trie et affecte le flux d’étudiants à l’entrée dans le supérieur. Les formations examinent les dossiers et adressent des propositions d’admission en fonction de leurs critères et des places disponibles. Mais son fonctionnement suscite des critiques depuis de nombreuses années : manque de transparence des critères de sélection, anxiété liée à l’attente des réponses et sentiment d’être mis en concurrence pour accéder aux études souhaitées.
Pour ses détracteurs, Parcoursup incarne ainsi la généralisation de la sélection à l’entrée de l’université.
Avec cet outil, c’est aussi l’accès à l’enseignement supérieur qui a évolué. La loi relative à l’orientation et à la réussite des étudiants (ORE), adoptée en mars 2018 sous le ministère de Frédérique Vidal, a inscrit la possibilité d’examiner les candidatures au regard des attendus des formations et de classer les candidats lorsque les demandes dépassent les capacités d’accueil. En d’autres termes, pour ses détracteurs, Parcoursup incarne ainsi la généralisation de la sélection à l’entrée de l’université.
À l’approche de la présidentielle de 2027, une éventuelle refonte pourrait être l’occasion pour une nouvelle majorité de marquer sa différence, quitte à conserver le principe d’une plateforme nationale d’admission sous un autre nom. Cette idée de refondre la plateforme n’est d’ailleurs pas nouvelle : les députés Pierrick Courbon et Frantz Gumbs qualifiaient, en conclusion de leur mission flash sur Parcoursup de février 2026, la plateforme de « réussite technique » mais d’« échec politique » et avançaient 51 recommandations.
Mais supprimer la plateforme ne répondrait pas forcément à la volonté de supprimer la sélection à l’université. En effet, tant que le nombre de candidatures dépasse les capacités d’accueil, la question de l’admission reste entière. Le débat porte donc aussi sur les règles qui organisent l’accès à l’enseignement supérieur, les moyens dont disposent les formations et les alternatives possibles.
Parcoursup devait pourtant favoriser une meilleure orientation et améliorer la réussite étudiante. Les critiques qu’elle essuie aujourd’hui interrogent sa capacité à tenir ces promesses, notamment face à l’anxiété persistante des candidats et aux difficultés d’accès aux formations souhaitées.
Supprimer la plateforme pour supprimer la souffrance ?
« La dépression c’est un critère sur Parcoursup ? » dénonce une autre pancarte croisée lors de la manifestation du mardi 13 octobre à Paris. Parmi les critiques émises à l’égard de la plateforme, l’anxiété arrive en tête de cortège. S’orienter, que nous soyons au collège, au lycée ou jeune adulte signifie qu’il est nécessaire de faire des choix. Selon Alban Mizzi, sociologue, spécialiste des inégalités scolaires et des politiques d’orientation, « Parcoursup est ce moment précis où les élèves doivent (re)définir leur avenir à travers un dispositif technique. »
Ce dispositif technique dépasse alors la simple procédure et nourrit chez les élèves le sentiment de ne pas maîtriser leur propre destin. « Ma fille est en 3ème et est déjà anxieuse de Parcoursup, les jeunes s’échangent des légendes urbaines et l’angoisse d’une emprise qu’ils n’ont pas » nous confie Lennie, mère de deux enfants qui essaye déjà de comprendre quelles options prendre pour eux à l’entrée au lycée.
« Ils nous parlent surtout d’émotions, de peur et d’incertitude de l’avenir »
Alban Mizzi
Cette anxiété est aussi nourrie par le fonctionnement même de Parcoursup. Deux dimensions sont en cause : l’opacité de la plateforme et le temps d’attente qu’elle impose. Pour l’heure, « c’est surtout le manque de lisibilité du dispositif qui ressort des mobilisations lycéennes » résume Alban Mizzi, avant d’ajouter que les lycéens « nous parlent surtout d’émotions, de peur et d’incertitude de l’avenir » en dénonçant des décisions dont ils peinent à comprendre les critères et les ressorts. Le temps d’attente constitue une autre source de souffrance, à laquelle les candidats seront confrontés à l’ouverture de la phase d’admission.
La procédure ajoute alors du stress à l’angoisse d’une situation déjà stressante – celle de faire des choix pour son avenir personnel et professionnel sans avoir le sentiment d’avoir toutes les clefs ni toutes les réponses. Anne Muxel revient largement sur le moment décisif que représente les choix d’orientation dans les parcours des jeunes : d’un « un pas vers l’émancipation » autant qu’un « moment risqué […] faute de préparation et d’anticipation suffisantes. »1 C’est ce que confirme Nagui Bechichi, économiste-statisticien de l’éducation et co-fondateur de SupTracker, en affirmant que « le stress lié à Parcoursup s’inscrit dans une anxiété plus générale autour de l’orientation. »
Finalement, tant que les choix restent déterminants pour l’avenir des jeunes et que l’accès aux formations demeure contraint, l’incertitude et l’anxiété persisteront. D’autant que 70% des jeunes réclament l’amélioration de Parcoursup plutôt que sa suppression2. L’enjeu est donc de mieux accompagner les élèves dans la construction de leur parcours, bien avant la formulation de leurs vœux.
Mieux accompagner à l’orientation
Réduire cette anxiété suppose donc d’agir à plusieurs niveaux. D’abord, en faisant évoluer Parcoursup – à défaut de changer de plateforme – pour répondre aux critiques qui lui sont adressées : rendre plus lisibles les critères de classement des candidatures et expliciter les paramètres utilisés par les formations pour permettre aux jeunes de mieux comprendre les décisions qui les concernent.
« L’amélioration de la procédure doit s’accompagner d’une réflexion plus large sur les capacités d’accueil et les moyens alloués à l’enseignement supérieur, afin de répondre au mieux aux aspirations des candidats. »
Nagui Bechichi
Nagui Bechichi souligne notamment l’enjeu de la transparence des procédures de classement. Si le code de l’algorithme national est public, les critères et les modalités d’examen des candidatures propres aux formations restent difficiles à comprendre pour les candidats. Rendre ces règles plus lisibles, et mieux expliciter la manière dont elles sont appliquées, permettrait de répondre à une partie des critiques. Mais « l’amélioration de la procédure doit s’accompagner d’une réflexion plus large sur les capacités d’accueil et les moyens alloués à l’enseignement supérieur, afin de répondre au mieux aux aspirations des candidats. » confie-t-il également.
Le dialogue entre le secondaire et le supérieur pourrait également être renforcé, en associant davantage les enseignants de lycée aux échanges sur les critères d’admission et, éventuellement, aux commissions d’examen. Il s’agirait de mieux articuler les attentes des formations avec les réalités de la scolarité au lycée. Autre idée évoquée notamment par Alban Mizzi : celle de donner, par exemple, une place aux élèves dans les instances qui organisent leur accès à l’enseignement supérieur. Cette piste enverrait un signal de prise en considération, à condition d’en définir précisément le rôle et les modalités.
On compte en moyenne un psychologue de l’Éducation nationale pour près de 1 200 élèves.
L’enjeu est finalement de ne pas réduire l’orientation au seul moment de la formulation des vœux sur Parcoursup. Elle se construit bien en amont, tout au long de la scolarité, et nécessite du temps, des ressources et des professionnels en mesure d’accompagner les jeunes dans leurs choix. Actuellement, les professionnels chargés d’aider les jeunes à construire leur projet restent trop peu nombreux : on compte en moyenne un psychologue de l’Éducation nationale (psy-EN) pour près de 1 200 élèves3.
Les enseignants et les professeurs principaux jouent eux aussi un rôle essentiel, mais ils ne disposent pas toujours du temps ni de la formation nécessaires pour accompagner individuellement chaque élève. Les heures prévues pour l’orientation illustrent ce décalage entre les ambitions affichées et les conditions concrètes de leur mise en œuvre : l’enquête nationale du Collectif Orientation publiée en 2026 montre que seuls 25% des personnels de direction en lycée général et technologique interrogés déclarent appliquer complètement les 54h annuelles consacrées à l’orientation.
Pour le Collectif Orientation, l’accompagnement à l’orientation est une priorité qui doit se traduire concrètement dans les établissements par du temps dédié, des moyens humains et financiers, une meilleure formation des équipes et des partenariats renforcés. Il s’agit de permettre aux jeunes de découvrir progressivement les formations et les métiers, de rencontrer des professionnels et d’explorer différentes voies, plutôt que de concentrer l’accompagnement sur quelques échéances décisives.

- Anne Muxel, « Orientation des jeunes : recherche boussole désespérément ! », Edumapper, février 2026. ↩︎
- Yann Algan, Olivier Galland, Marc Lazar, « Les jeunes et le travail : aspirations et désillusions des 16-30
ans », Institut Montaigne, 2025. ↩︎ - Défenseur des droits, « Le droit à l’orientation dans l’enseignement secondaire : un droit à déployer pour tous les jeunes », rapport, 3 juin 2025. ↩︎