21 juillet 2026

Pas d’interdiction aux réseaux sociaux sans éducation !

Les réseaux sociaux vont-ils être interdits aux jeunes de moins de quinze ans dès la rentrée scolaire ? La réponse pourrait tomber dans les heures qui viennent.

Lundi 20 juillet, 7 députés et 7 sénateurs sont parvenus à un accord en commission mixte paritaire. Mardi 21 juillet, l’accord doit être voté définitivement par les députés et sénateurs. La ministre déléguée chargée du numérique, Anne Le Hénanff se réjouit déjà en exprimant que « demain, la France sera le premier pays d’Europe à instaurer une majorité numérique pour mieux protéger nos enfants. » Et maintient qu’une application pour la rentrée de septembre est faisable.

Pourtant, quelques obstacles techniques et juridiques subsistent. Si ce n’est l’Arcom, alors qui vérifiera la majorité numérique de 15 ans ? De quelle manière cette majorité sera-t-elle vérifiée ?

A cela s’ajoute les réserves exprimées par la Commission européenne sur la compatibilité du texte avec le droit de l’Union européenne. Ces débats, tant nationaux qu’internationaux interrogent plus largement l’ensemble de la stratégie de protection des mineurs face aux réseaux sociaux.

En effet, le cas de l’Australie est révélateur des limites d’une majorité numérique. Une étude sortie récemment dans le British Medical Journal (BMJ) montre que l’interdiction ne change pas les usages des réseaux sociaux chez les jeunes. L’utilisation quotidienne a même augmenté chez les plus de 16 ans interrogés.

A ces obstacles, VersLeHaut souhaite déplacer le débat pour s’attarder sur les enjeux sociaux et éducatifs autour de ce texte. Que se passera-t-il une fois la majorité numérique atteinte ? Interdire l’accès aux plateformes, est-ce la solution lorsque nous observons la place prise par le numérique dans nos vies ?

Quelle que soit la forme d’interdiction finalement retenue, elle n’aura pas les effets escomptés si elle n’est pas accompagnée d’une véritable politique d’éducation au numérique.

L’impératif est de protéger les enfants des effets délétères des réseaux sociaux, tout en construisant leur autonomie, qui se joue aussi sur ces mêmes réseaux.

L’enjeu dépasse donc la question de l’âge d’accès aux réseaux sociaux. D’autant plus que les jeunes eux-mêmes n’y sont pas totalement défavorables. En effet, 67% des jeunes de 11-17 ans sont favorables en France à une interdiction pour les moins de 15 ans (Odoxa pour Acadomia, juillet 2025).

Il s’agit plutôt d’éduquer les jeunes à un usage raisonné et éclairé des écrans, de leur apprendre à discerner et à développer leur réflexivité et leur esprit critique dans un monde numérique. C’est ce qui manque actuellement à ce texte : une proposition éducative effective.

VersLeHaut appelle donc à une politique d’éducation au numérique renforcée dans les programmes et dans l’approche pédagogique pour accompagner les jeunes et ne pas stigmatiser leurs usages.

Le rôle des adultes qui entourent les jeunes est également fondamental et ils doivent être exemplaires dans leurs usages également. Lorsque nous prenons la peine d’interroger les jeunes sur cette interdiction, ils témoignent fréquemment d’une utilisation massive des téléphones portables par leurs parents.

L’étude Focus menée par Bayard et l’Observatoire Santé PRO BTP sur la parentalité numérique, montre effectivement qu’environ 55 % des parents d’enfants de moins de 5 ans ont un usage des outils numérique qui parasite la relation avec leur enfant – ce qu’on appelle la technoférence.

Enfin, il s’agit aussi de combattre le modèle économique des plateformes qui actuellement font « du profit sur le dos des jeunes » et ne font pas « des réseaux sociaux pour les jeunes », rappelle Noé Hamon, cofondateur du collectif ctrl+alt+reclaim, premier mouvement européen créé par les jeunes pour leurs droits numériques, au micro du podcast Grandir de VersLeHaut.

L’issue du vote ne doit donc pas clore le débat. Pour protéger les plus jeunes, il faut les accompagner à habiter un monde numérique avec discernement et autonomie. Une politique d’interdiction sans politique d’éducation resterait alors, au mieux, incomplète.

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