22 juillet 2026

Les réseaux sociaux seront interdits en France aux moins de 15 ans: « En Australie, ça ne marche pas totalement »

rmc

Emission du 22 juillet

 

Le projet de loi qui interdit les réseaux sociaux aux mineurs de moins de 15 ans a été définitivement adopté mardi 21 juillet par le Parlement. C’est une première en Europe. Cette interdiction est censée entrer en vigueur en septembre, et le système est « prêt » et « sécurisé » assure le ministère du Numérique. Est-ce vraiment le cas?

Les mineurs de moins de 15 ans ne pourront plus utiliser les réseaux sociaux en France. Le Parlement a définitivement adopté, mardi 21 juillet, une proposition de loi interdisant les réseaux sociaux aux moins de 15 ans: une première en Europe.

Cette loi, l’une des priorités d’Emmanuel Macron pour la fin de sa présidence, devrait entrer en vigueur dès la rentrée, après une promulgation attendue le mois prochain. Le président de la République a immédiatement salué une « avancée majeure », se félicitant que la France « ouvre la voie » sur cette question.

Mais pour Marie-Caroline Missir, déléguée générale du think tank VersLeHaut et membre de la commission sur les écrans, cette mesure est insuffisante.

“Avec cette loi, on a un accès qui est brutalement coupé à une catégorie de la population. Si du jour au lendemain, on interdisait aux personnes de plus de 62 ans l’accès aux réseaux sociaux, comment réagirait-on? », questionne-t-elle.

« Pour le coup, je trouve que la position de la Commission européenne qui nous dit ‘nous allons vers des mesures graduées’ est beaucoup plus en accord avec ce que l’on peut espérer pour un pays comme le nôtre d’ambition pour sa jeunesse”, ajoute-t-elle.

L’exemple australien pas tout à fait concluant?

La spécialiste donne d’ailleurs l’exemple de l’Australie qui a pris une mesure similaire en décembre. Selon une étude, sur 400 adolescents suivis, après l’interdiction, l’usage des réseaux sociaux a même augmenté pour les plus de 16 ans. « Ca pose des questions sur les stratégies de contournement », note-t-elle.

Marie-Caroline Missir estime qu’il faudrait plutôt renforcer l’éducation à ces outils: « Accompagnons-les, protégeons-les, mettons l’éducation au cœur de notre projet », plaide-t-elle.

Concrètement, à partir du 1er septembre, si vous vous inscrivez pour la première fois sur un réseau social, il faudra prouver avoir plus de 15 ans. Le réseau social proposera de passer par un tiers de confiance qui pourra par exemple être France connect. Mais si vous êtes déjà inscrit, le réseau social aura jusqu’au 1er janvier pour vérifier votre âge et supprimera votre compte si vous avez moins de 15 ans.

“Le système est prêt”, “et c’est très sécurisé” assure le ministère du numérique. « Les plateformes ne sauront ni votre âge ni votre nom, elles sauront simplement que vous avez plus ou moins de 15 ans », répète-t-il. Un système qui “existe déjà pour se connecter à un site pornographique”.

De fortes sanctions pour les réseaux en cas de non-respect des obligations

Tous les réseaux sociaux seront concernés: TikTok, Instagram, Snapchat, ou Facebook font partie des premiers concernés, mais d’autres plateformes comme WhatsApp, YouTube, ou Roblox, le seront aussi en partie. Par exemple, sur WhatsApp, les moins de 15 ans pourront continuer à discuter sur les groupes privés, mais pas se rendre sur les pages avec partage de vidéos et de commentaires.

Si ce sont des moins de 15 ans qui trichent, il n’y a pas de sanction prévue. “Ce sera comme tout”, déplore-t-on au ministère du numérique, “des mineurs réussissent bien à s’acheter de l’alcool malgré l’interdiction”. Mais si ce sont les réseaux sociaux qui ne respectent pas leurs obligations, la Commission européenne pourra les sanctionner par de fortes amendes, jusqu’à 6% de leur chiffre d’affaires.

Une loi qui ne remplacera pas l’éducation aux réseaux sociaux, selon Me Yann-Maël Larher, avocat au barreau de Paris et spécialiste du numérique. “On perd vraiment notre temps et notre énergie à vouloir systématiquement interdire tous les comportements qu’on considère comme nouveaux, déviants. Il y a quelques années, c’était les jeux vidéo, avant encore, c’était la télévision. Je ne sais pas comment vont faire les jeunes à 16 ans s’ils n’ont jamais approché un réseau social par le passé. C’est aussi une éducation progressive », estime-t-il.

Il ajoute: « Le sujet de base, c’est la responsabilité des parents et s’il y a une difficulté, c’est peut-être parce qu’on n’a pas traité ce sujet-là depuis trop longtemps”.

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