2 septembre 2026

Photo : L’Echo de l’Ouest
Avec 161.000 élèves de moins qu’en 2025 pour la rentrée scolaire 2026, la baisse démographique offre l’occasion d’améliorer les conditions d’enseignement et relance le débat sur les priorités.
Ils étaient 11,6 millions à reprendre, mardi 1er septembre, le chemin de l’école. Un bataillon d’élèves impressionnant mais qui se réduit d’année en année. Le recul est même plus marqué qu’anticipé : Alors que le ministère s’attendait à une baisse de 150.000 cette année, elle est de 161.000. Au total, 57.700 écoles et établissements scolaires ouvrent leurs portes à la rentrée, soit 400 de moins qu’en 2025. Et ce n’est pas fini : en 2035, les classes françaises accueillent 15 % d’élèves en moins, selon une étude du ministère de l’éducation nationale publiée au printemps dernier, jetant une lumière crue sur la baisse démographique attendue.
Au regard de l’état des finances publiques la tentation pourrait être grande de rogner sur le premier poste budgétaire français. À moins de considérer cette déprise démographique comme « une opportunité historique pour l’éducation », envisage Marie-Caroline Missir, déléguée générale de VersLeHaut. Le think tank dédié à l’éducation prépare justement, en partenariat avec l’Unicef, un rapport sur le sujet. L’enjeu est selon elle de « réinvestir la totalité de la masse budgétaire libérée par cette baisse ». Une idée qui n’est pas si disruptive qu’il y paraît. Déjà, en juin 2025, un rapport du Sénat invitait à mettre la baisse démographique « au service de la proximité éducative » et d’ « une qualité renforcée de l’offre éducative ». D’ailleurs, Sébastien Lecornu a proposé dimanche 31 août une augmentation de 800 millions d’euros du budget de l’éducation nationale pour la loi de finances de 2027.
Mais que faire alors de cette manne ? Une première piste serait d’augmenter les salaires des enseignants français, significativement moins bien dotés que leurs homologues des pays de l’OCDE, afin d’améliorer l’attractivité du métier. Signe d’un certain consensus sur le sujet, plusieurs candidats à l’élection présidentielle se sont engagés en ce sens. Édouard Philippe (Horizons) veut augmenter de 20 % sur cinq ans le salaire des enseignants, quand Gabriel Attal (Renaissance) propose une revalorisation immédiate de 200 € net mensuels. Jean-Luc Mélenchon (La France insoumise) entend, outre relever les salaires, titulariser les contractuels et réduire le nombre d’élèves par classe qui demeure parmi les plus élevés des pays développés, notamment dans le 1er degré.
Si la baisse démographique peut déjà permettre de corriger cette situation, c’est encore loin d’être le cas dans les collèges et lycées. Lors de la conférence de presse de rentrée du syndicat enseignant majoritaire Snes-FSU, sa secrétaire générale Sophie Vénétitay a souligné que « pendant une très grande partie de la présidence d’Emmanuel Macron, le second degré a perdu des emplois » alors que le nombre d’élèves continuait à augmenter. Selon la syndicaliste, « pour retrouver le taux d’encadrement de 2006 il faudrait créer 40.000 emplois ».
Le ballon d’oxygène financier pourrait aussi concerner, au-delà des enseignants, l’ensemble du système. Dans un entretien qu’il a donné cet été à Paris Match, Sébastien Lecornu envisageait l’idée de « redistribuer « un dividende démographique » sur chaque territoire. » Ce « dividende » permettrait selon lui de « revoir à la hausse d’autres encadrements comme les infirmiers scolaires et psychologues pour notamment la prévention renforcée des violences sexuelles et sexistes ». Une proposition qui fait écho à une demande expresse du Snes. Le syndicat plaide pour qu’il y ait un conseiller principal d’éducation (CPE) pour 250 élèves, quand aujourd’hui la moyenne est d’un CPE pour 371 élèves.
« Le sujet ne se limite pas à la taille des classes », approuve Marie-Caroline Missir. La réduction du nombre d’élèves devrait également libérer des marges de manœuvre pour développer la formation continue des enseignants, renforcer l’accompagnement des élèves les plus fragiles. Elle pourrait notamment donner enfin corps aux ambitions affichées en matière d’inclusion d’enfants porteurs de handicap ou de troubles. Marie-Caroline Missir y voit « l’occasion historique de faire ce qui a toujours été repoussé pour des raisons budgétaires ».
Le sujet concerne aussi l’enjeu du maintien des services publics dans l’espace rural et de l’aménagement du territoire. Depuis plusieurs années, les fermetures de classes dans le 1er degré émaillent la rentrée dans de nombreux villages et petites villes. Mais cette tendance touche désormais les collèges. La Cour des comptes lançait ainsi un avertissement dans son rapport annuel de mars 2026 : entre 2024 et 2036, 20 départements pourraient perdre 20 % de leurs collégiens. Cette diminution, « insuffisamment anticipée », selon les magistrats de la rue Cambon, sera particulièrement impactante pour des établissements ruraux déjà de petite taille.
Faut-il maintenir la présence d’un collège à moins de vingt minutes pour tous ou concentrer les moyens dans des grandes structures avec davantage d’options ? « Nous avons le maillage territorial le plus fin de l’Europe en termes d’école », ce qui le rend d’autant plus « exposé aux changements démographiques », a reconnu le ministre de l’Éducation nationale Édouard Geffray lors de sa conférence de presse de rentrée, mardi 25 août. Il a annoncé à cette occasion la création d’ici au 1er novembre d’une direction de la politique territoriale, de l’école et de l’anticipation, pour repenser la carte scolaire à l’échelle du bassin de vie et pouvoir effectuer des projections à quinze ans.
Faut-il maintenir la présence d’un collège à moins de vingt minutes pour toutes les familles, quitte à multiplier les petits établissements, ou au contraire concentrer les moyens dans des structures plus importantes offrant davantage d’options ? « Je veux qu’un élève du rural ait les mêmes chances d’accéder à une section internationale, une classe à horaires aménagés qu’un élève de Paris », assure Édouard Geffray.
Dans ce dossier complexe, une certitude est partagée par tous : les décisions en la matière ne peuvent être prises qu’en concertation avec les acteurs locaux. Alors que dans certains départements ruraux, le temps de transport quotidien d’un collégien peut déjà dépasser une heure, des solutions émergent comme le développement d’internats dès le collège, la mise en place de « maisons d’éducation » regroupant primaire et second degré, ou encore la mutualisation de locaux sous-utilisés avec la baisse du nombre d’élèves. « Dans l’Aveyron, un collège héberge un centre médico-psycho-pédagogique, une maison des adolescents et un centre d’information et d’orientation », donne ainsi en exemple la Cour des comptes dans son rapport annuel.